Qui cumule le plus chez les députés? Le Post et Le Monde.fr ont établi un classement, en fonction de l’importance des mandats détenus par les élus de l’Assemblée.
La question importe au PS, dont les militants viennent de voter, jeudi dernier, le principe du non-cumul.
Mais les « cumulards » ont-ils des choses à se reprocher? Font-ils moins bien leurs jobs? Bloquent-ils la montée de nouvelles têtes, de sang frais en politique? En tout cas, ceux qui sont bien placés dans notre classement ne sont pas à court d’arguments pour justifier leur position.
Le premier du classement Le Post-Le Monde.fr, Pierre Cohen, député PS, maire et président de l’agglomération de Toulouse depuis 2008, explique pourquoi on cumule, mais estime aussi: « J’ai annoncé que je ne me représenterai pas à l’Assemblée, car je considère que mon élection à la mairie de Toulouse m’a fait atteindre un endroit où il est assez difficile de faire bien les deux. »
Vous êtes premier de notre classement des députés qui cumulent, qu’en pensez-vous?
« Il faut assumer alors… Ma position sur le cumul n’a pas changé: j’ai annoncé que ne me représenterai pas à l’Assemblée. J’ai atteint un endroit où il est assez difficile de faire bien mes deux mandats. Je précise toutefois que la mairie et l’agglomération forment de plus en plus le même mandat. »
Comment?
« La moitié des compétences de la ville sont passées à la communauté urbaine. La somme des deux forment un gros mandat de maire. Qui demande beaucoup de travail et n’est donc plus très compatible le mandat de député. »
Vous êtes donc opposé au cumul des mandats?
« Je n’en fais pas un dogme: j’ai vécu le cumul pendant 12 ans en tant que député et maire d’une ville de 12 000 habitants, dont 5 ans au sein de la majorité, et je crois avoir été reconnu à l’Assemblée comme présent et disponible. Quant à mes mandats de maire et de président d’une agglomération (celle du sud-est toulousain, ndlr), j’ai été considéré comme très impliqué. Au point qu’on a vu en moi un bon candidat pour l’élection à Toulouse (ville dirigée par la droite depuis plus de 30 ans, ndlr).
Etre député demande plus de disponibilité qu’avant?
« Oui, largement plus qu’il y a 15 ans. Avant, vous aviez deux sessions et, entre, environ six mois en circonscription. Aujourd’hui, avec les sessions extraordinaires, vous devez pratiquement venir tout le temps à Paris. Les semaines débordent. Entre les questions d’actualité, les commissions et les commissions d’enquête, qui demandent six mois de boulot et produisent souvent des rapports de grande qualité… C’est une question: quelle est la disponibilité d’un député? »
Vous êtes donc un député moins disponible que dans le passé?
« Je me suis impliqué très fortement dans mon mandat de maire. Notamment pour le passage de l’agglomération au statut de communauté urbaine, cette année. »
« Concrètement, j’étais auparavant deux à trois jours par semaine à l’Assemblée, aujourd’hui seulement un jour à un jour et demi. Ma présence n’est plus aussi importante… mais je compte tout de même rattraper à l’avenir. »
Etes-vous donc pour le mandat unique, comme semble le vouloir le PS?
« Le mandat unique, s’il n’est pas accompagné de nouveaux droits pour le député dans son territoire, comporte un risque: le ’syndrôme de l’ENA’. Les écoles d’élite choisiraient qui devient député. L’ancrage dans un territoire nécessite d’autres qualités que les concours. »
Imposer le non-cumul à tous, comme le prône le PS, n’est-ce pas illusoire ou hypocrite?
« Pas forcément. Quand Lionel Jospin a donné un signal, en incitant ses ministres à ne plus cumuler, ça a obligé tout le monde à bouger, y compris la droite (à partir de 1997, comme le rappelle lefigaro.fr, ndlr). Le choix du PS peut créer un déclic. Il faut que ça aille vite: la stratégie du PS est d’avoir un projet de loi qui oblige la majorité de Nicolas Sarkozy à se positionner. Or, on sait globalement que la lutte contre le cumul est un thème bien ressenti chez les militants. »










