Un ancien ministre algérien échappe à la justice suisse

Posté par Yacine Kellib Le oct 20th, 2009 déposé en tant que A la Une, International. Vous pouvez suivre les réponses de ce bulletin avec le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback à cette entrée

ALGREIA-ELECTION/

De source Suisse, Bouguerra Soltani, un ancien ministre algérien actuellement président du Mouvement de la société pour la paix, a échappé ce week-end à la justice suisse. Cette dernière souhaitait l’interroger suite à une plainte pour torture.

L’information a été révélée lundi par l’ONG suisse Track impunity always, à l’origine de la plainte. Selon son président Philip Grant, « il y a dû avoir une fuite car les autorités cantonales fribourgeoises auprès desquelles nous avions porté plainte le 12 octobre n’ont pas trouvé Bouguerra Soltani à Fribourg où il devait se rendre« .

« Nous n’avons pas la certitude absolue que Bouguerra Soltani a fui la Suisse, mais s’il n’est pas venu comme prévu à Fribourg alors qu’il était à Genève vendredi encore, c’est que quelque chose l’en a empêché ou dissuadé », a-t-il ajouté.

Le juge d’instruction fribourgeois saisi de l’affaire présume qu’il a quitté la Suisse « mais je n’en ai aucune certitude« , a-t- indiqué. « J’ai constaté que samedi, il n’était pas sur le territoire fribourgeois ».

L’histoire débute en 1998. Nouar Abdelmalek travaille au Ministère algérien de la défense et dénonce M. Soltani pour «une affaire de recrutement d’un jeune islamiste», selon l’association suisse contre l’impunité (Trial). Puis M. Abdelmalek, devenu journaliste, réitérera ses accusations. En 2005, clame-t-il, il est arrêté et torturé des jours durant. «Supplice du chiffon (ndlr: provoque un sentiment d’étouffement), décharges électriques, tournevis dans une cicatrice récente.» Or, selon lui, c’est Soltani qui dirige la séance de torture.

Nouar Abdelmalek vit aujourd’hui au sud de la France. « Avec un statut de réfugié politique, précise Philip Grant, président de Trial. Preuve que les supplices qu’il a endurés sont reconnus. »

Tout s’accélère la semaine dernière. Trial apprend que le bourreau présumé vient à Fribourg donner une conférence. Un avocat est mandaté. S’appuyant sur la Convention contre la torture, il espère que Soltani soit arrêté puis jugé. «J’ai reçu la plainte lundi il y a une semaine», confirme le juge d’instruction fribourgeois, Jean-Luc Mooser. Qui vérifie que Soltani n’est pas protégé par une immunité diplomatique puis décide «pour juger de sa crédibilité» d’auditionner la victime en présence d’un psychiatre. Manifestement convaincu, le juge Mooser charge la police de trouver le tortionnaire présumé et de le convoquer.

Ça n’arrivera pas. « Soltani a été vu vendredi à Genève, mais n’a jamais été à Fribourg, où il était attendu samedi, note Damien Chervaz, l’avocat du supplicié. Il a dû être mis au courant et s’est enfui. »

Fin de l’histoire. « Après avoir nourri un espoir, mon client est effondré« , note Me Chervaz. Quant au bourreau présumé, qu’il soit coupable ou innocent, peu de chances qu’il revienne en Suisse.

Mais si justice n’a pas été rendue, on a aussi l’impression d’avoir échappé à une seconde affaire Kadhafi, avec l’Algérie cette fois. Que se serait-il passé si Soltani, à Fribourg, avait refusé de suivre la police?  « J’estime qu’il aurait fallu l’arrêter, quel que soit l’impact diplomatique« , répond l’avocat.

 »Formellement, j’avais l’obligation d’investiguer, point, rétorque le juge Mooser. Je voulais entendre l’accusé. Puis éventuellement le confronter avec son accusateur. Mais je n’avais pas décidé de la suite à donner. » Reste que le juge ne cache pas avoir songé à l’affaire Kadhafi. Et avoir « évité des mesures de contrainte » trop musclées.

Yacine Kellib

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